Étymologie : du latin Quercus, qui proviendrait
du celte "kaerquez", "bel arbre" ; son nom
grec, drus, est un terme générique pour désigner "l'arbre".
Il est aussi appelé aigilops ou phegos (de phagein,
manger, allusion au gland).
Le latin robur (attribué en taxinomie au Chêne pédonculé)
se traduit "rouvre". C'est un faux ami car le Chêne
rouvre n'est pas le Quercus robur ! De "rouvre"
découlent les termes catalan "roure" et espagnol "roble"
(noms génériques des chênes à feuilles caduques). Origine : sur les 400 espèces, l'Europe possède le
Chêne pédonculé, Quercus pedunculata ou Quercus robur
(le gland a un pédoncule), le Chêne rouvre ou chêne sessile,
Quercus sessiliflora ou Q. petraea (car le gland n'a pas
de pédoncule) ou "drille", le Chêne chevelu, Quercus
cerris (ainsi nommé car son gland est pourvu de poils assimilés
à des cheveux !), le Chêne chevelu panaché (naturel dans le Doubs
et le Jura, espèce décorative de jardin), le Chêne blanc ou tauzin,
Quercus pyrenaica ou Quercus toza (dessous des feuilles
blanc), le Chêne pubescent ou truffier, Quercus pubescens,
le Chêne vert, Quercus ilex
("toujours vert") et le Chêne-liège,
Quercus suber (on exploite son écorce), tous deux à feuilles
persistantes. Le Chêne kermès est un arbrisseau. Le chêne couvre
39 % de la forêt française (voir le graphique
de répartition de la forêt française). Il existe d'autres
espèces de chênes d'Amérique
et d'Asie.
Habitat : le Chêne pédonculé est une espèce pionnière,
c'est à dire qu'il est prêt à coloniser des terres abandonnées.
Dès son jeune âge, il supporte assez mal la concurrence et pour
faire du bois de qualité, son houppier doit pouvoir se développer
facilement. Il préfère des sols profonds, frais et bien alimentés
en eau. Il est très sensible aux sécheresses mais il supporte
des excès d'eau temporaires. Le pH doit être proche de la neutralité
(5 à 7,5). Le chêne sessile est plus rustique et tolérant. Il peut être
planté en futaie dense tout en faisant du bois de haute qualité.
Il supporte des conditions plus contraignantes : des sols plus
acides, moins profonds, plus secs.
Rusticité : le Chêne pédonculé et le Chêne rouvre sont très
rustiques (zone 6 :
ils supportent le froid jusqu'à -23°), tandis que le Chêne vert
et le Chêne liège sont moins résistants au froid (zone 7, froid
de -17°). Taille maximale : 50 m.
Port (arbre isolé) : houppier
large et irrégulier. Les branches basses sont puissantes et
leur aspect tortueux est caractéristique en hiver. Son feuillage
n'est pas très dense et on aperçoit les branches
même en été. Le Chêne rouvre planté serré pousse droit et
haut. Tronc : il peut atteindre 2 m de diamètre chez le chêne
pédonculé. Il est robuste et droit. Racines : les racines du chêne pénètrent
profondément dans la terre en pivot, au détriment
des racines latérales moins développées. Écorce : lisse et claire chez l'arbre jeune, elle devient
foncé chez l'adulte et se creuse de profonds sillons longitudinaux.
Grise chez le chêne pédonculé, marron chez le chêne rouvre ou
sessile et le chêne chevelu. Les feuilles sont caduques (sauf chez le chêne vert et
le chêne-liège) et alternes.
Elles ont en général une plus grande largeur vers le tiers supérieur
du limbe (particularité commune à la feuille de Magnolia caducifolié).
Elles ont un bord lobé ou profondément denté (chêne vert, chêne-liège,
chêne châtaignier). Pour les différences entre les chênes, voir
le tableau suivant.
La fleur mâle est regroupée en chapelets pendants et discrets
en avril, en même temps que l'apparition des feuilles , les femelles
sont isolées ou réunies en petits en épis dressés. Elle portent
6 à 8 étamines. Risque de pollen allergisant
: moyen.
Son fruit est une akène (le gland), plus ou moins profondément
insérée dans une cupule garnie d'écailles parfois épineuses. Il
tombe de lui même (quittant sa cupule) quand il est mûr, en septembre.
Un chêne adulte en produit 50.000. Le chêne fructifie tard (à
50 ans).
Écorces :
chêne chevelu
chêne rouvre ou sessile
chêne pédonculé
Légendes et traditions :rarement
touché par la foudre, le chêne était associé à Zeus, dieu du tonnerre
dans la mythologie grecque, et Donar,
dieu de la foudre des Germains. Le chêne de Dodone servait d'oracle
: un prêtre interprétait le bruissement des feuilles au vent.
Dans la mythologie romaine, c'est évidemment l'arbre de Jupiter.
On tressait ses rameaux en couronnes pour les guerriers valeureux
(le képi de général de l'Armée a repris ce concept). Chez les
Celtes : les druides récoltaient le gui qui poussait très rarement
sur un chêne. Le gui était censé recueillir l'âme et les puissances
vivantes de l'arbre. Par respect pour ces puissances, on utilisait
une serpe en or. Dans l'astrologie
celtique, le chêne
est robuste, courageux, fort,... L'église catholique a récupéré
ces croyances, édifiant la maison de Dieu à proximité des chênes
sacrés (exemple : église d'
Allouville-Bellefosse, en Normandie, entre Yvetot et Le Havre). Littérature :
Utilisations : Le bois
de chêne est très apprécié des sculpteurs car il est souple à
travailler quand il est frais et en vieillissant, le bois durcit,
empêchant les vers de s'y loger. Le chêne est le plus dur et le
plus durable des bois européens. Il est également très dense et
lourd (>1 tonne/m3). Il résiste bien dans l'eau.
Cette qualité, alliée à la forme courbe de ses branches, était
mise à profit en construction navale. Colbert, qui créa la Navale,
entreprit un vaste programme de plantation de Chênes rouvres,
par l'ordonnance de 1669. Il en reste de belles forêts (forêt
de Bercé, près de Jupilles, dans la Sarthe : Chênes rouvres sur
3.000 ha ; forêt de Tronçais sur 10583 ha, à proximité de Moulins,
Nevers, Montluçon et Bourges). C'est aussi un excellent bois pour
la charpente, les traverses de chemin de fer, et un bois de chauffage
(comme les autres Fagacées
). On en fait également des tonneaux du fait de la présence de
tanin. Son écorce est utilisée pour tanner le cuir (car elle contient
du tanin). Enfin, son gland, riche en amidon, servait à engraisser
les porcs ; torréfié, il constituait un substitut de café. Le
Chêne pubescent est associé à la truffe qui se développe près
de ses racines. Pour les autres propriétés, voir cette page. Maladies :
Le Chêne commun (Quercus pedunculata) et le Chêne sessile
(Quercus sessiliflora) sont sensibles à l'oïdium (microsphaera
alphitoides) qui se traduit par des taches poudreuses blanchâtres
apparaissant sous les feuilles, puis un brunissement et pour finir
un affaiblissement de la couronne. Un traitement à base de soufre
est nécessaire, ou, si la maladie est trop développée appliquez
un traitement à base de myclobutanil.